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À Jérusalem, le progrès passe-t-il avant la sécurité ?

JÉRUSALEM EN CHANTIER : LE PROGRÈS DOIT-IL SE FAIRE AU DÉTRIMENT DE LA SÉCURITÉ DES PIÉTONS ?

Tramways, nouvelles routes, pistes cyclables, réseaux souterrains : Jérusalem connaît une transformation urbaine sans précédent. Mais derrière les promesses d’une ville plus moderne se cache une réalité quotidienne parfois difficile pour ses habitants. Trottoirs éventrés, excavations, engins de chantier, passages condamnés et déviations : les piétons sont-ils suffisamment protégés ? Une nouvelle procédure judiciaire contre la municipalité relance le débat.

Une chute qui pourrait coûter 645 000 shekels à la municipalité

L’affaire remonte à décembre 2020. Un habitant de Jérusalem se rendait à son travail à l’hôpital Hadassah du mont Scopus lorsqu’il a trébuché sur un obstacle situé sur un trottoir.

Sa chute lui aurait occasionné des blessures au dos et au cou, suivies de douleurs persistantes et de difficultés fonctionnelles.

L’accident ayant été reconnu comme accident du travail, puisqu’il s’était produit sur le trajet professionnel, le Bituah Leumi (Institut national d’assurance) a pris en charge des prestations versées à la victime.

Près de six ans plus tard, l’organisme réclame 645 557 shekels à la municipalité de Jérusalem et à un autre défendeur.

Selon la plainte déposée devant le tribunal de paix de Jérusalem, l’obstacle aurait été créé ou laissé sur place à la suite de travaux, sans que des mesures de sécurité suffisantes aient été prises.

Il ne s’agit pas d’une condamnation, mais d’une procédure visant à obtenir le remboursement des prestations versées ou à verser.

Interrogée par le journaliste Alon Levy de Mynet Jerusalem, la municipalité a indiqué ne pas encore avoir reçu la plainte et qu’elle présenterait sa réponse devant le tribunal.

Une ville qui se transforme, des habitants qui s’adaptent

Personne ne conteste la nécessité de moderniser les infrastructures de Jérusalem.

Le développement du réseau de tramways, la construction de nouvelles routes, la rénovation des réseaux d’eau et d’assainissement ou encore la création de pistes cyclables sont indispensables à une ville en pleine croissance.

Mais ces transformations ont un coût quotidien pour les habitants.

Depuis plusieurs années, les chantiers se multiplient dans différents quartiers. Des rues sont fermées, les trottoirs changent de configuration, les itinéraires habituels sont interrompus et les piétons doivent parfois improviser leur chemin.

Les engins de chantier évoluent à proximité des zones de circulation, tandis que certaines excavations imposent de longs détours.

Ces difficultés ne sont pas seulement une question de confort. Elles peuvent devenir un véritable problème de sécurité.

Quand les piétons doivent descendre sur la chaussée

Le problème n’est pas nouveau.

En novembre 2024, le journal Kol Ha’Ir signalait une situation particulièrement préoccupante rue Elazar Hamodaï, dans le quartier de Gonenim.

À l’occasion de travaux de construction d’une piste cyclable, le passage sur le trottoir était devenu impossible à certains endroits, contraignant les piétons à descendre sur la chaussée. Le trottoir opposé était lui aussi partiellement obstrué.

Voilà un paradoxe : des travaux destinés à améliorer les déplacements urbains peuvent, pendant leur réalisation, mettre en difficulté ceux qui se déplacent à pied.

En octobre 2026, de nouveaux travaux ont été annoncés dans plusieurs secteurs de Jérusalem, notamment rue King George, Keren Hayesod, Pierre Koenig et sur l’axe Bar-Ilan.

Ces interventions s’accompagnent de modifications de circulation et parfois de fermetures de passages piétons.

Il ne suffit donc pas d’annoncer des déviations pour les automobilistes. Encore faut-il garantir aux piétons des itinéraires praticables et réellement sécurisés.

Les personnes les plus vulnérables sont les premières concernées

Pour une personne jeune et valide, contourner un chantier peut représenter quelques minutes supplémentaires.

Pour une personne âgée, un parent avec une poussette, une personne utilisant un fauteuil roulant ou un malvoyant, la situation est bien différente.

Une marche provisoire, un revêtement instable, une rampe trop inclinée ou une traversée mal signalée peuvent rendre un itinéraire impraticable.

La question de l’accessibilité ne doit pas être traitée uniquement lorsque les travaux sont terminés.

Elle doit faire partie intégrante de l’organisation du chantier, du premier jour jusqu’à la réouverture de l’espace public.

C’est d’ailleurs un principe que l’on retrouve dans les documents officiels de planification du tramway : pour la ligne violette, il est notamment prévu de maintenir une continuité piétonne temporaire accessible d’au moins 1,80 mètre de largeur, ainsi que des accès aux propriétés riveraines.

Pour les travaux de la ligne bleue à Emek Refaim, les responsables ont également annoncé le maintien de passages sécurisés et des accès aux commerces et aux habitations.

Ces engagements sont importants. Reste à s’assurer qu’ils sont respectés sur le terrain.

Qui est responsable de la sécurité ?

C’est probablement la question la plus importante soulevée par l’affaire du Bituah Leumi.

À Jérusalem, les grands travaux mobilisent de nombreux intervenants : la municipalité, les organismes publics de transport, des sociétés chargées des infrastructures, des entreprises de construction et leurs sous-traitants.

Mais pour le passant qui se retrouve face à une tranchée ou à un trottoir inaccessible, ces distinctions administratives ont peu d’importance.

Qui doit installer les barrières ? Qui vérifie leur positionnement ? Qui s’assure qu’un passage reste accessible après le départ des ouvriers ? Qui intervient lorsqu’un danger est signalé ?

Et surtout, qui contrôle les chantiers en dehors des heures de travail, lorsque les ouvriers et les responsables ont quitté les lieux mais que les habitants continuent à circuler ?

La plainte déposée contre la municipalité ne répond pas encore à ces questions. Elle rappelle cependant que les conséquences d’un défaut de sécurité peuvent se prolonger pendant des années.

Le progrès urbain ne doit pas oublier les habitants

Jérusalem construit aujourd’hui une partie de son avenir.

Les nouvelles lignes de tramway et les infrastructures routières transformeront durablement les déplacements dans la capitale.

Il serait absurde de refuser ces transformations au seul motif qu’elles provoquent des perturbations temporaires.

Mais il serait tout aussi absurde de considérer que les habitants doivent accepter n’importe quelles conditions de circulation au nom du progrès.

Une ville moderne ne se mesure pas uniquement au nombre de kilomètres de tramway construits ou de routes inaugurées. Elle se mesure aussi à l’attention qu’elle porte à ceux qui y vivent et s’y déplacent quotidiennement.

Un chantier correctement protégé, une signalisation claire, des passages piétons accessibles et un contrôle régulier des entreprises ne sont pas des exigences excessives.

Ce sont les conditions élémentaires d’un développement urbain respectueux de ses habitants.

Jérusalem doit continuer à se construire. Mais ses habitants doivent pouvoir continuer à y marcher en sécurité.

Jerusalem-Info – 29 octobre 2026

Sources : Jerusalem-info, Mynet et Kol Hair

 

 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Avez-vous rencontré à Jérusalem des chantiers mal protégés, des trottoirs dangereux ou des passages piétons devenus impraticables ?

Envoyez-nous vos témoignages et vos photographies, en précisant le lieu et la date. Nous pourrons ainsi documenter les difficultés rencontrées dans les différents quartiers de la ville.

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