4 août 2020

Petit Dictionnaire Passionnel Des Vies De Jérusalem

Au détour d’une rue, vous ferez la connaissance de l’impatient Yoni ou d’Abourami le yéménite, mais vous rencontrerez également, le roi David, le roi George et d’autres Hiérosolymitains célèbres ou moins célèbres qui vivent Jérusalem – la cité duel.
L’auteur du Petit Dictionnaire Passionnel des Vies de Jérusalem vous incite à Conduire en état d’HEBRÉITÉ à travers le temps et l’espace pour comprendre pourquoi il n’y a pas LA MER à Jérusalem, pourquoi le boulanger du coin fait Mille PAINS et toutes sortes de questions et de réponses qui planent dans ce guide que vous dévorerez de A à Z.
La plume de Moché Cohen-Solal vous sourira et vous racontera les pierres et les hommes qui bâtissent la ville éternelle jour après jour.

Moché Cohen-Solal nous parle de son livre

Moche Cohen-Solal habite Jérusalem et il sait mieux que personne nous emporter dans un voyage poétique, parfois mystique ou narratif.

Trente cinq succulentes nouvelles qui comme vous l’avez compris, s’adressent aussi bien au corps qu’à l’âme et relatent aussi bien la Jérusalem céleste que la Jérusalem terrestre, ses rues, ses histoires et ses habitants.
Humour, mots d’esprit et profondeur d’âme. Vous ne serez plus le même après avoir lu ce livre. Vous aurez envie de prendre la route sur le champs et suivre, livre en main, ce chemin initiatique.

PETIT DICTIONNAIRE PASSIONNEL DES VIES DE JÉRUSALEM

Par MOCHÉ COHEN-SOLAL

Le livre est en vente sur le site WWW.LIVRES.CO.IL

 

Moché COHEN-SOLAL |E-mail : cohensolal1@gmail.com

Photos : Serge Haï ATTAL (sergeattal@gmail.com)

Tableaux, canevas, tapisseries : PENY

SHIMON ET LEVI

Souviens-toi, c’était il y a deux mille ans.

Tu habitais Jérusalem, dans une petite cour tranquille, près de la porte de Shoushan. Vous n’étiez pas bien riches ; mais le grenier fleurait bon l’orge et les enfants promettaient, à la schola.
Dans le quartier, tu n’avais que des amis, sauf bien sûr Shimon le zélote.

Qui d’ailleurs pouvait supporter Shimon ? Il ne travaillait pas, passait son temps dans une grotte près du Mont du Temple, soi-disant à écouter des sermons et étudier des parchemins.

Au lieu de s’habiller en toge comme tout le monde, lui et ses acolytes s’entêtaient â porter tunique et turban pour, prétendaient-ils, rester « fidèles à Abraham, Itzhak et Yaakov ».

En fait, tout a dégénéré par la faute de ces fanatiques, toujours à provoquer les romains.

Lui non plus, il faut l’avouer, ne t’aimait pas beaucoup.

Une fois même, quand les enfants se sont disputés, il t’a traité de traître, de renégat ; tout ça parce que tu avais changé Lévi en Livius et que tu aimais bien de temps en temps rejoindre les amis aux thermes. Dès lors tu préférais changer de route pour ne pas le rencontrer.

Mais quand les romains vous ont emmenés fers aux pieds, après le grand incendie, le hasard vous a placés dans la même galère et ensemble, vous partagiez le pain et les larmes. Ensemble aussi, vous avez été vendus sur le marché de Pompéi, toi à un fermier, lui â un gargotier.

Depuis, tu as traversé beaucoup de pays et de siècles, tu as traversé beaucoup de vies.

Tu t’es retrouvé planteur en Sicile, sertisseur à Constantinople sous Soliman, armateur à Palma. Ferdinand commençait alors à jouer avec le feu.

Et te voilà redevenu esclave, à Alger cette fois ; personne ne t’y appelait plus Don Ruben.

De nouveau, il a fallu tout recommencer et tu as tout recommencé : Herschel d’abord, rempailleur à Amsterdam sous Charles-Quint, et même un « Daniel le fripier » dans le Londres de Cromwell.

Mais qui plus tard ne connaissait « Messire Nathan », médecin du tout-Versailles avant de se retrouver aux bons soins du tout-Tiers-Etat, celui devenu premier ?

Dans cette ronde frénétique, un point, un seul, restait fixe ; tu t’y tournais parfois trois fois par jour, parfois plus rarement, parfois même une seule fois par an. Cela dépendait des siècles, des exodes et des affaires. Mais ton coeur y revenait toujours.

Avec le temps, tu as perdu bien entendu Shimon de vue. Peut-être vous êtes-vous croisés à Dantzig ; mais qui alors aurait pu le reconnaître, déguisé qu’il était en fermier-général du Roi de Prusse.

Cent cinquante ans plus loin, tu es revenu en France ; elle s’était faite république entre-temps, cinq fois pour être précis.

Tu n’y étais pas malheureux ; mais un peu à cause des amis, beaucoup à cause des enfants, tu es parti pour ce point d’orient qui luisait même sous les néons.

Et tu as retrouvé de nouveau Jérusalem ; tout est bien changé depuis : il n’y a pas de porte Shoushan, ni encore de Temple. Mais de nouveaux quartiers ont poussé et avec eux des écoles et des jardins.

Toi aussi, tu as bien changé : chapeau, barbe, tsitsit, tu fréquentes la Yéchiva et évites les cafés nonchalants.

Quand tu es monté dans l’autobus, ce jour-là, tu as pris la première place libre.

Un homme était assis en face de toi. Avant de te plonger dans ta Guémara, tu t’es demandé un instant comment pouvait-on habiter Israël, la Terre de Sainteté et s’habiller de façon si négligée, en short, queue de cheval et boucle à l’oreille.

Lui, enfoui dans son journal, ne t’avait pas aperçu. C’est seulement en tournant la page qu’il s’est demandé comment pouvait-on, en plein vingtième siècle, s’habiller comme au moyen-âge et s’intéresser à des textes préhistoriques.

Vingt centimètres de distance mais des siècles de différence !

Quelqu’un pourtant, embusqué sur le bas-côté, ne voyait pas de différence. Sa balle en tout cas n’en fit aucune. Toi à la jambe, lui à l’avant-bras ; elle sut trouver le point commun.

Face à face, vous l’étiez aussi à l’hôpital, partageant le même sang infusé. Comment vous êtes-vous reconnus ? Qui a reconnu l’autre le premier ? Les avis diffèrent.

Shimon plus tard prétendit que déjà sur la galère, c’est toi qui lui coupais le pain et le lui portais à la bouche. Toi, tu soutiendrais toujours que son cri de « Chéma Israël » t’avait là-bas aussi réveillé du coma. Mais comment savoir ? Il n’y a plus de romains pour vérifier.

Et de toute façon, quelle importance ?

Vous vous êtes promis de ne plus quitter Jérusalem, ni même de vous quitter d’ailleurs.

© Moché Cohen-Solal
Extrait du livre Petit Dictionnaire Passionnel des vies de Jérusalem

Disponible à la vente ici : https://www.livres.co.il

A l’image du chant du shabbat Eshet Hayil qui se décline dans l’ordre de l’alphabet, cet ouvrage se lit de bas en haut, de droite à gauche ou de gauche à droite en parcourant les rues éternelles de Jérusalem.
De A à Z…

AIGUILLEUR DU CIEL
BAILLEUR (LE DROIT DU)
COHEN
COUREUR DE FONDS
DOUZE FRÈRES A LA RUE
ENTRE-TEMPS
ESQUISSES HIÉROSOLOMYTAINES
FOI
GUETTA
HEBRÉITÉ (CONDUITE EN ÉTAT D’)
HÔPITAL
IMPATIENCE
JERU-CHALAÏM
KANT (RÈGLEMENT DE)

LEÇON UN : ARBRE DE BABEL
LEÇON DEUX : MAL DE TERRE
LEÇON TROIS : « SE METTRE SUR SON 31 »
LEÇON QUATRE : D’ADAM A ISRAËL
LEÇON CINQ : APERÇU DE LOGIQUE JUIVE
MER

MIRACLES
NOUVEL IMMIGRANT
OMBIBLICAL (CORDON)
PAIN (LA ROUTE DU)
QUESTION (CHABBAT EN)
RÉGIME
SÉVIGNÉ (MARIE DE RABUTIN-CHANTAL, MARQUISE DE)
SHIMON ET LEVI
TRADUIRE, C’EST TRAHIR
DE L’UTILITÉ DES MURS
VIVE LES TOURISTES (FRANÇAIS DU LUNDI ET JEUDI)
WAGONS DE TRAMWAY
X
YÉHOUDA-MÉÏR GETZ (AU COTEL QUI A PERDU SON RAV)
Z

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About roland

roland

Redacteur en chef, à Jerusalem-info.com A travaillé auparavant à la rédaction de Startup Europe Israël et Optical Center A Jérusalem depuis 1995

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