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Matti Caspi – au cœur de la musique israélienne

מתי כספי – le génie discret de la bande‑son israélienne

La disparition de Matti Caspi marque un moment particulier dans l’histoire culturelle d’Israël. Non pas seulement parce qu’un grand musicien nous quitte, mais parce qu’avec lui se referme une page essentielle de la bande‑son israélienne, celle qui a accompagné le pays depuis les années 1970, ses bouleversements, ses espoirs, ses doutes et ses renaissances.

Un génie qui n’a jamais cherché la lumière

Matti Caspi était un génie musical, au sens le plus pur du terme. Un créateur dont le talent immense n’a pas toujours été immédiatement compris, parfois même déroutant. Et pourtant, il n’a jamais cherché à forcer l’adhésion ni à se mettre en avant. Son rapport presque distant à la scène, son chant sans emphase, son « visage de poker » et cette forme d’indifférence apparente sont devenus sa signature. Comme s’il demandait, déjà très tôt, de ne pas faire de bruit autour de lui.

Dès son premier album, en 1974, il chantait avec un calme troublant : « Je sais que je mourrai en été ». Un texte fort, presque prémonitoire, porté par une mélodie lumineuse, loin de toute gravité excessive. Cette capacité à juxtaposer profondeur existentielle et légèreté musicale est l’un des traits les plus marquants de son œuvre.

Plus de mille chansons, une œuvre vertigineuse

Il faut s’arrêter un instant sur un chiffre presque irréel : plus de mille chansons. Compositeur, interprète, arrangeur, producteur – Matti Caspi a touché à tout, avec une exigence rare. Il pensait d’abord en musicien : au piano, à la guitare, parfois à la batterie, avant même de penser au micro. Longtemps, il a préféré confier ses chansons à d’autres artistes, et ils étaient nombreux à attendre ses compositions.

Ses morceaux sont traversés par une richesse harmonique exceptionnelle : changements de mesures, modulations audacieuses, accords sophistiqués, toujours au service de l’émotion et jamais de la démonstration.

Une palette musicale sans équivalent

La diversité stylistique de Matti Caspi est l’une des plus impressionnantes de la musique israélienne. Dans les années 1970 et 1980 – le cœur de son œuvre – il navigue avec une liberté totale entre les univers :

  • un dialogue profond avec l’héritage de Sasha Argov,
  • une intégration assumée de la musique brésilienne,
  • une traduction musicale du groove de Stevie Wonder en hébreu,
  • des incursions dans le rock,
  • et une écriture mélodique d’une finesse rare.

Il est aussi l’un des rares artistes à avoir su être à la fois expérimental et populaire, exigeant et accessible.

L’album fondateur et l’audace d’oser

Lorsque Matti Caspi sort son premier album éponyme, ce n’est pas un projet prémédité. Il est déjà un arrangeur et compositeur recherché, aussi bien dans le monde civil que militaire, et a même enregistré un album culte avec Shlomo Gronich. Mais un concours de circonstances, et l’encouragement d’Arik Einstein, l’amènent à chanter lui‑même ses chansons.

Il joue alors presque tous les instruments, par choix artistique autant que par manque de confiance de sa maison de disques. Ce premier album, encore aujourd’hui, reste d’une fraîcheur étonnante. Un manifeste discret mais radical : celui d’un compositeur‑interprète sans équivalent.

“La cloche” et l’Israël des années 70

Deux ans plus tard arrive l’album mythique, souvent surnommé « la cloche », reconnaissable à sa pochette minimaliste. À l’intérieur, une suite de chansons devenues des piliers du répertoire israélien, dont הנה הנה. Cet album est bien plus qu’un disque : c’est une capsule temporelle, qui capture Israël après la guerre de Kippour et avant le grand tournant politique.

On y entend un pays en transition, fragile mais vivant, introspectif et plein d’élan.

Un artiste au cœur de la société israélienne

Si certaines de ses ambitions musicales n’ont pas toujours rencontré immédiatement le grand public, Matti Caspi a profondément marqué la musique israélienne en tant que producteur. Dans les années 1980, il devient un architecte sonore majeur, capable d’adapter son univers à chaque artiste : de la pop au blues, du folk au groove nocturne, jusqu’aux grandes voix historiques de la chanson hébraïque.

Il comprenait avant tout le monde qu’avant de tailler un costume, il faut choisir le bon tissu.

Un lien particulier avec les francophones

Pour les francophones, Matti Caspi a toujours occupé une place singulière. Sa diction parfaite, son hébreu limpide et précis ont fait de ses chansons des supports naturels dans les oulpanim. On apprenait la langue en l’écoutant, parce que chaque mot était compréhensible, chaque phrase posée, chaque émotion lisible.

Des chansons comme הנה הנה sont ainsi devenues des repères pour toute une génération, un premier contact émotionnel avec l’hébreu chanté.

Une œuvre qui ne disparaît pas

Matti Caspi n’était pas un artiste du moment. Il était un bâtisseur de durée. Sa musique ne se consomme pas, elle s’explore. Elle ne vieillit pas, elle s’approfondit.

Sans ton dramatique : Matti Caspi continuera longtemps à faire partie de l’anthologie vivante de la bande‑son israélienne. Ses chansons seront encore étudiées, chantées, transmises, redécouvertes.

Et peut‑être est‑ce là la plus belle réussite de ce génie discret : avoir créé une musique qui, même après son départ, continue simplement… d’être là.

🎧 7 titres incontournables pour découvrir Matti Caspi

Si vous ne deviez écouter que quelques chansons pour entrer dans l’univers de Matti Caspi, voici sept portes d’entrée essentielles. Elles résument à la fois sa richesse musicale, sa sensibilité et sa place centrale dans l’histoire de la musique israélienne.

  1. הנה הנה (Hinneh Hinneh)
    Chanson lumineuse et immédiate, profondément ancrée dans l’instant présent. Sa simplicité apparente cache une grande finesse musicale. Très appréciée dans les oulpanim pour sa diction claire et son hébreu limpide.

  2. איך זה שכוכב (Ech Zeh She’Kochav)
    Un classique absolu, poétique et introspectif. L’une des plus belles démonstrations de la capacité de Caspi à mettre en musique les textes des grands poètes hébreux, avec délicatesse et profondeur.

  3. לא ידעתי שתלכי ממני (Lo Yadati She’Telchi Mimeni)
    Une ballade devenue un standard du répertoire israélien. Émotion pure, retenue, sans effet inutile. Une chanson souvent reprise, qui traverse les générations.

  4. ארץ טרופית יפה (Eretz Tropit Yafa)
    Un titre emblématique qui reflète l’ouverture stylistique de Matti Caspi et son goût pour les couleurs musicales venues d’ailleurs, notamment les influences brésiliennes, tout en restant profondément israélien.

  5. מקום לדאגה (Makom L’Daaga)
    Plus grave et introspective, cette chanson révèle la maturité artistique d’un compositeur au sommet de son art, capable d’exprimer la complexité émotionnelle avec une grande élégance musicale.

  6. אצלי בבית (Atsli Ba’Bayit)
    Un morceau intime, empreint de douceur et de nostalgie. Une chanson qui donne l’impression d’entrer dans l’espace personnel de l’artiste, avec une chaleur humaine très caractéristique de son œuvre.

  7. אליעזר בן יהודה (Eliezer Ben Yehouda)
    Un hommage fort et symbolique à l’homme qui a codifié et imposé l’hébreu moderne parlé aujourd’hui en Israël. Une chanson qui relie musique, langue et histoire nationale.

✨ Ces sept titres, issus pour la plupart de la période la plus féconde de Matti Caspi, sont devenus des classiques du répertoire israélien. Ils illustrent pourquoi son œuvre continue de faire partie intégrante de l’anthologie vivante de la bande-son israélienne.

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🎧 Les chansons les plus emblématiques de Matti Caspi à écouter en lien youtube si-desssous

 

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