15 mars 2015

Balade littéraire à travers Jérusalem

Comment connaître une ville mieux qu’en s’y baladant?

Que peut imaginer de mieux un libraire – à fortiori trois, Danielle, Denise, Nadine et Vice-Versa – qu’une « Balade littéraire dans Jérusalem ».

De la vieille ville à la nouvelle ville et retour, de la vieille garde littéraire à la nouvelle plus tout à fait jeune, puisque les tous nouveaux sont plutôt télaviviens…

Samuel  Josef Agnon, prix Nobel de Littérature en 1962,  nous promène avec “Le chien Balak” dans les rues de la « Jérusalem d’avant« , d’avant les buildings, d’avant les rues polluées par les embouteillages de voitures automobiles. Ou encore David Shahar, né à Jérusalem dans une famille établie là depuis cinq générations. David Shahar respire Jérusalem et Jérusalem l’habite entièrement. Ne résistez pas à le suivre dans “Un été dans la rue des prophètes”, prenez comme lui la rue Bnei Brith ou la rue Ethiopia (qu’on appelait avant la rue des Abyssins) et si la chaleur pèse ou si vous voulez faire une pause lecture, pause café à la Maison Ticho. Cette maison en bordure de toutes les Jérusalem (la pauvre, la riche, la juive, l’arabe) où Mr Ticho, ophtalmologue hongrois, soignait gratuitement les pauvres juifs et arabes, grâce aux honoraires qu’il prenait des riches juifs et arabes; pendant ce temps Mme Ticho peignait ; à leur mort, sans descendant, la maison et les peintures ont été léguées au Musée d’Israël.

De là vers Méa Shéarim ? Là où est né Amos pas encore Oz, dans une rue éponyme, en 1939 (Amos deviendra Oz, à 14 ans, quand il va s’installer au kibboutz laissant derrière lui patronyme et culture Mitteleuropa) et décrit sa Jérusalem dans une langue musicale dans “Une histoire d’amour et de ténèbres”. Sa vie, celle de la ville… « Des années plus tard, j’appris que la Jérusalem mandataire des années vingt, trente et quarante, était une ville extrêmement civilisée : on y trouvait de riches négociants, des musiciens, des spécialistes, des écrivains, Martin Buber, Gershom Scholem, Agnon et beaucoup d’autres savants et artistes fameux. »

Ou plutôt vers Mahane  Yehouda et les Nahlaoth ? A travers les ruelles encore odorantes des tisanes thérapeutiques de l’arrière-grand-mère de cette dynastie de femmes dans « Les quatre mères » de Shifra Horn. Un conte oriental où se mêlent l’amour, la malédiction et autres affres depuis la grand-mère « soigneuse » jusqu’à l’avocate engagée. Peut-être plutôt vers le centre ville ? Les rues piétonnes de Nahalat Shiva jusqu’à Kikar Hakhatouloth – la place des chattes -? Le parc de l’Indépendance ? Et plutôt à la tombée de la nuit… et voilà campé le décor d’Assaf, de Tamar la mystérieuse, de cette jeunesse aux limites de la marginalisation, de « Quelqu’un avec qui courir » de David Grossman. Non ? Alors plutôt vers les quartiers cossus ?

Rehavia ? Le quartier vert et chic de l’intelligentzia ashkénaze, installée là dès les premières années du XXème siècle entre Gymnasia et Bauhaus, la synagogue de Buber et le salon de thé ? C’est l’inspection au laser conjuguée de Mikhaël Ohayon – Commissaire de police – et de Batia Gour – Ecrivain – du milieu de la Société de Psychanalyse tout droit sortie de ce quartier dans « Meurtre du Samedi matin ».

Si vous poussez un peu plus au sud : Talbié, le rond-point, la rue Marcus, quelques maisons parmi les plus belles de Jérusalem, la léproserie aujourd’hui désaffectée  et le théâtre – haut et bétonneux, un bâtiment de facture moderne qui abrite pièces et concerts et sert de décor à « Meurtre au philarmonique ». Si vous aimez la musique et les polars bien ficelés, ici par une corde de violon !!! Avec toujours Mikhaël Ohayon dans le rôle du commissaire et Batia Gour de l’écrivain.

Vous voulez voir vers Baka ? Le quartier sépharade (aujourd’hui le QG des français de Jérusalem avec synagogue française, café français avec croissants français, coiffeur et restaurant français), et puis la rue de Bethlehem et l’Intifada et voilà plantée l’intrigue de « Meurtre dans la rue de Bethlehem » avec encore Mikhaël Ohayon, le commissaire sépharade fruit de l’imagination de Batia Gour la Simenon israélienne, décédée en Avril 2005.

Vous voulez découvrir plus d’auteurs israéliens, terminez cette balade littéraire par un café à la librairie Vice-Versa…

Denise Berrebi, Librairie Vice-Versa, Jérusalem

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